« SI TU SAVAIS LE DON DE DIEU ! »

« SI TU SAVAIS LE DON DE DIEU ! »

N’oubliez jamais que pour aller à Dieu, il faut passer par le Christ. « Passer », que ce mot ne vous induise pas en erreur : il ne s’agit pas de dépasser le Christ pour rejoindre Dieu, comme si Dieu nous attendait au-delà. C’est par le Christ, avec le Christ, c’est dans le Christ que seulement nous pouvons trouver le Père : « Philippe, ne sais-tu pas que celui qui me voit, voit aussi mon Père ? ». Laissez-vous donc envelopper et saisir par cette amitié du Christ qui a surgi dans votre vie, mais comprenez-la bien.

 

Dans ce monde carcéral et totalitaire où, sous prétexte de liberté et de droits de l’homme, nous ne cessons de perdre une à une chacune de nos vraies libertés, l’individualisme cruel s’installe, démembre patiemment tout le corps social qui faisait la force et l’épanouissement des individus, pour venir créer une anti-société où chacun vit dans sa bulle, coupé de tout rapport humain véritable — voyez les familles qui éclatent, les amis qui se déchirent—, tout en donnant l’impression, par le truchement illusoire des réseaux sociaux, de conserver une vie sociale… Qu’est-ce qui disparaît alors de ce monde ? L’amour véritable.

 

À rebours, le Christ nous fait le cadeau perpétuel de son amour, pour nous consoler de ce monde et nous réapprendre à aimer véritablement. Vous trouverez dans cet amour du Christ toutes les richesses de l’amitié humaine car le Christ est homme, vraiment ; sa nature humaine n’est pas un simple déguisement revêtu temporairement, puis rejeté après trente-trois années de vie sur terre. Le Fils de Dieu, vraiment, s’est fait chair, et il nous aime d’un cœur de chair, et non pas d’un amour d’un autre monde dont on pourrait se demander en quoi il consiste. Ou plutôt si, il nous aime d’un amour tout autre que les amours humains, d’un amour divin ; mais cet amour, pour se faire comprendre, a emprunté un cœur d’homme et s’est exprimé en langage d’homme — entendez ce mot langage en un sens très plein : non seulement il nous a dit son amour avec des paroles (« Je ne vous appelle pas serviteurs, mais amis ») mais il nous l’a manifesté par ses comportements et par ses actes.

Rappelez-vous : des femmes viennent à Jésus, poussant leurs enfants pour qu’il les bénisse ; les apôtres, en gens sérieux qui n’ont pas de temps à perdre, les réprimandent ; alors Jésus se saisit de ces gamins ébouriffés, les prend dans ses bras comme en signe de protestation : pourquoi me refuseriez-vous cette douceur de dialoguer du regard et de la voix avec ces tout-petits ? (Marc, X, 13-16) N’est-ce pas une tendresse humaine authentique qui se traduit dans cette réaction du Christ ? Et quand saint Luc nous le montre croisant le pitoyable cortège qui conduisait au cimetière le fils unique d’une veuve, quand il nous dit qu’il fut « touché de compassion », comment douter que devant cette mère en larmes la sensibilité du Christ ait frémi ? (Luc, VII, 11-17) Plus révélatrice encore, la scène que nous rapporte saint Jean : Jésus, devant Marie-Madeleine bouleversée de chagrin par la mort de son frère Lazare, « frémit en son esprit… pleure », et les Juifs, qui ne s’y trompent pas, de dire : « Voyez comme il l’aimait ! »

Combien humain, en tant de pages d’évangile, nous apparaît le cœur du Christ. Tellement plus que le nôtre qui, lui, a bien du mal à trouver le juste milieu entre le trop-humain d’une sensibilité vite déréglée, et l’inhumain d’une maîtrise de soi qui se raidit pour ne pas céder.

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